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Mercredi 29 novembre 2006

Julien profite de la derniere journee a Rio de Janeiro pour m'offrir mon cadeau d'anniversaire: un survol de Rio en deltaplane. Il est 8h30 du matin et nous attendons le moniteur cense venir nous chercher a l'auberge. Julien mange goulument son petit dejeuner tandis que je me contente d'un cafe au lait pour minimiser les risques de mal de l'air. Pour le moment, je n'ai pas peur et je suis surtout excitee a l'idee de voler au-dessus de cette sublime ville. 9h00, on sonne a la porte. Nous nous attendions a voir debarquer un sportif en short, tee-shirt, baskets, plutot decontracte et nous nous retrouvons en face de Pedro en costard, cravate a l'allure tres stricte. En fait, c'est notre chauffeur. Assis dans la voiture d'une proprete irreprochable, les yeux rives sur son badge de guide diplome de la Grande Ecole de Tourisme qu'il a consiencieusement accroche sur le tableau de bord, nous nous demandons quel genre de deltaplane nous attend. Nous arrivons a une plage, encore plus intrigues lorsqu'il nous demande de descendre. A peine sortis de la voiture qu'un jeune homme sourire eclatant au look sportif nous accueille. C'est Sebastiao, notre moniteur. Il nous emmene dans son buggy au point de depart du saut a 700 metres d'altitude.

 Pendant que nous grimpons sur une route tortueuse qui traverse la foret, Sebastiao pointe du doigt notre destination finale. C'est en voyant le sommet de cet immense rocher que le stress commence a m'envahir. Mais qu'est-ce que je fais la? En realite, j'avais lourdement evoque l'idee de faire du deltaplane depuis notre arrivee a Rio. Seduite par la photo d'un homme suspendu dans les airs au-dessus d'un decor idyllique, je n'avais pas pense a l'avant. Le deltaplane, ce n'est pas comme un avion dans lequel on embarque et puis, sans s'en rendre compte, on est deja a des milliers de pieds au-dessus du sol. Non, la, il va falloir courir et sauter dans le vide... 

Nous y sommes. Sebastiao nous laisse admirer le paysage pendant qu'il prepare le deltaplane. Julien, ne sautant pas, est ravi du spectacle, decontracte et se moque de ma nervosite encore plus grande depuis que je realise la hauteur de laquelle je vais devoir me lancer. Pour me distraire, parait-il, il me chante joyeux anniversaire.. Une planche en bois, plus large que longue, inclinee a 45 degres, semble etre....comment dire... la piste de decollage!

 

Oui, c'est cela. Je vois un homme, aussi stresse que moi, se concentrer sur la piste. Attache au deltaplane, il ecoute attentivement les dernieres consignes de son moniteur a sa droite. Un, deux, trois. Ils courent, se lancent et plongent dans le vide. Ce n'est que quelques secondes plus tard, ayant repris de l'altitude, que nous les distingons de nouveau. C'est a mon tour. Sebastiao me fait enfiler la combinaison et le casque et m'explique la procedure. C'est simple, tu poses ta main droite sur mon epaule droite, ta main gauche reste sur ton ventre et tu cours au meme rythme que moi. Ca a l'air simple. Je m'execute et j'ai meme droit a un "very good". J'attends la suite, mais il n'y en a pas. Quoi, c'est tout??? Je vais devoir me jeter dans le vide du haut de 700 metres avec, certes, Sebastiao a mes cotes, mais je n'ai droit qu'a un "tu ne t'arretes pas de courir et tu regardes droit devant toi"??!!! Ah non, ouf!! Il y a une simulation. Finalement, je dechante vite. On m'attache au deltaplane. Sebastiao est a ma droite, ma main sur son epaule, l'autre devant tenir une anse et on me donne les dernieres consignes de securite: maintenir la main gauche dans la anse, ne pas faire de mouvement brusque, ne surtout pas attraper la barre devant nous qui fait office de volant, maintenir la main gauche dans la anse, pas de gestes brusques, pas toucher la barre, pas de gestes brusques, pas toucher la barre.... C'est a nous, nous sommes sur le depart. J'ai quand meme droit a un "are you OK?". Oui, je crois. Et a un dernier " ne t'arrete pas de courir". Une pensee pour mes proches, et me voila au trot avec Sebastiao. Quelques pas de course et, ca y est, je vole!! Nous survolons Rio, la plage, la foret et la voie rapide. Les batiments ont une taille humaine, les hommes sont des fourmis et les voitures des insectes rampants glissant le long d'une ligne blanche. Nous prenons un  peu plus de hauteur et dominons, a present, les morros -collines. A droite, le Pao de Azucar ressemble a une confiserie servie sur un plateau entoure de buildings transformes en bougies, et sur notre gauche, le Christ Redempteur a repris une dimension d'homme. Nous approchons d'un autre morro plus haut et tout d'un coup, nous tombons, nous descendons, continuons de descendre...Ma main droite se crispe et agrippe fortement l'epaule de Sebastiao. Je me souviens: pas de geste brusque. Je relache la pression d'un cote pour serrer plus fortement la anse de ma main gauche. Ne pas toucher la barre. Sebastiao redresse la barre et nous volons de nouveau de maniere plus sereine. Are you OK? Heu...yes, yes..C'est un trou d'air, me dit-il avec son sourire ultra bright. Mais son sourire que je trouvais dynamique quelques minutes avant me semble maintenant suspect. Deuxieme trou d'air. On rafle la paroi d'un morro. Je suis au bord de l'evanouissement. Je pensais que le plus dur etait le decollage mais ces trous d'air sont encore plus flippants. Une pensee me traverse l'esprit: si Sebastiao a un malaise, comment je fais? Il n'y a pas de parachute de securite, pas de gilet de sauvetage sous le siege, pas d'issues de secours... Are you OK? Yes and you?? Yes, sure!!! Bon, c'est parfait, Sebastiao ne va perdre conscience. Ouf! Nous volons maintenant plus bas les nuages ayant pris possession des couches superieures. Je contemple les maisons huppees qui bordent la plage et qui sont toutes munies d'une piscine. Pas si loin, les favelas denotent avec ce luxe ostentatoire.

 

Nous sommes maintenant au-dessus de la mer et nous nous appretons a atterir pres de la plage. Sebastiao detache mes jambes jusque la accroches a l'arriere du deltaplane, il se redresse et abaisse d'un coup la barre. Nous accelerons. Le vent fouette mon visage, mon casque me tombe sur la nuque, mes yeux pleurent, et je vois defiler a toute allure la route, les voitures, les arbres. Mais on va trop vite...?!! Nous rasons le sol toujours a vive allure et puis Sebastiao commence a freiner, posent les pieds au sol et court. Voila, congratulations! C'est fini. Ces 45 minutes de vol auront ete finalement merveilleuses. 

 

La video de l'atterissage est longue, Sebastiao ayant oublie de l'eteindre. Les dernieres minutes n'interesseront que ceux qui veulent apprendre tout du demontage de deltaplane.

Ps: les photos sont dans le repertoire Bresil. Elles commencent par 0-deltaplane.


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