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Dimanche 21 janvier 2007 7 21 /01 /Jan /2007 22:33

Il fallait le faire, alors je me lance. En élève appliquée pour clôturer proprement le projet et surtout parce que je ne supporte plus ce goût d’inachevé quand je me reconnecte au blog...Un article pour faire un petit bilan de nos presque dix mois de voyage. Un dernier article. Un dernier effort. Effort de se replonger dans les ultimes instants, il y a de cela presque deux mois déjà. Dans nos esprits, il nous paraît avoir eu lieu dans une autre unité de temps. Impression d’un rêve éveillé duquel on nous a tiré brusquement mais sans violence.

Nous quittons maintenant le Mexique en direction de l’Europe. Nous nous dirigeons vers l’aéroport de Mexico en passant, une dernière fois, devant l’ambassade des Etats-Unis proche du logement de Celia, devant laquelle s’étend une queue de plusieurs kilomètres de mexicains désireux d’émigrer au pays du rêve américain. Nous nous frayons un chemin, croulant sous le poids de nos sacs à dos de plus de vingt kilos qui rendent notre démarche laborieuse. Les yeux qui s’attardent sur nous sont emplis d’envie. Nous traversons une foule de travailleurs désenchantés contraints à la sédentarisation, tandis que nos bagages et nos faciès d’occidentaux personnifient la liberté de mouvement et la société de loisirs. Notre voyage prend fin. Durant ces quasi trois cents jours, nous nous sommes pratiquement habitués à l’extraordinaire mais la détresse humaine nous désarme toujours aussi profondément. Je baisse la tête pour ne pas croiser ces paires d’envies que je sens fixés sur nous, pour ne pas les humilier encore plus de mes larmes que je parviens difficilement à retenir.

Dans l’avion du retour, comme un clin d’oeil de la vie, est diffuse le film de Pedro Almodovar « Volver » - revenir en français. Nous essayons de ne pas penser à l’après du retour, nous focalisant surtout sur les proches qu’il nous hâte de retrouver, mais je ne peux retenir mes larmes, encore ces maudites eaux, quand Penelope Cruz entonne la chanson de Carlos Gardel :

Tengo miedo del encuentro                         J'ai peur de la rencontre
con el pasado que vuelve avec le passé qui revient
a enfrentarse con mi vida... faire front avec ma vie...
Tengo miedo de las noches J'ai peur des nuits

que pobladas de recuerdos qui peuplées de souvenirs

encadenan mi soñar... enchaînent mes reves..
Pero el viajero que huye Mais le voyageur qui fuit
tarde o temprano detiene su andar... tôt ou tard arrête sa marche...
Y aunque el olvido, que todo destruye, Et bien que l'oubli, qui détruit tout,
haya matado mi vieja ilusión, ait tué ma vieille illusion,

guardo escondida una esperanza humilde je garde cachée une espérance humble
que es toda la fortuna de mi corazón. qui est toute la fortune de mon coeur.
Volver... con la frente marchita, Revenir ... le front fane,












las nieves del tiempo
les tempes argentees par

blanquearon mi sien... les neiges du temps...
Sentir... que es un soplo la vida, Sentir ... que la vie n’est qu’un souffle,
que veinte años no es nada, que vingt ans ce n’est rien,
que febril la mirada, que le regard fiévreux,
errante en las sombras, errant dans les ombres,
te busca y te nombra. te cherche et te nomme.
Vivir... con el alma aferrada Vivre ... l'âme accrochée
a un dulce recuerdo à un doux souvenir
que lloro otra vez... que je pleure de nouveau...

Nous revenons nous aussi. Non pas d'un exil, mais d'une parenthèse enchantée. Nous sommes partis en ne fuyant rien, seulement à la découverte de multiples ailleurs, à la rencontre de nouveaux visages. Nous revenons l'âme accrochée à un doux souvenir que nous ne pleurons pas mais gardons précieusement. Et même si la vie n'est qu'un souffle, que 29 ans ce n'est rien, ces dix mois auront été une bouffée d'air euphorisante et bouleversante à la fois qui a changé notre regard sur nous même et sur les autres.

Nous sommes partis avec des craintes sur cette vie de nomadisme faite d’imprévus, de rencontres fortuites, de départs incessants et d’errance et nous revenons avec la joie des retrouvailles mêlée d’angoisse du planifié, du prévisible et de la routine. Ce système de repères qui nous tranquillisait et dont la perte nous a déstabilisé au départ, celui-là même qui devrait nous tarder de réintégrer pour retrouver notre équilibre, nous fait maintenant peur. Quelle contradiction humaine que celle de se forcer à s’imposer des habitudes à suivre pour ensuite peiner à s’en défaire...

 

Pour le moment, ce vol n’a pas encore le goût du retour. Nous faisons escale à Londres avant de rejoindre Nice. L’anglais est encore de vigueur dans l’avion de American Airlines. Attente à Londres. Derniers clichés. Nous embarquons en direction de l’aéroport Nice-Côte d’Azur. C’est encore un peu les vacances et je me surprends à tendre l’oreille dès que j’entends parler des francophones, à répondre en anglais au douanier français, à m’excuser en espagnol quand je bouscule la niçoise en Cyrillus à coté de moi..Snobisme de voyageurs, j’aurais pensé il y a quelques mois de cela. Simples reflexes de désorientés, je conclus aujourd’hui.

 

Finissons-en avec les questions pratiques, d’abord. Nous avions un billet Tour du Monde pris avec British Airways qui nous donnait droit à vingt vols dans cinq zones : Europe, Asie, Océanie, Amérique du Sud et Amérique centrale. Le budget prévu et finalement respecté était de 50 euros par jour pour nous deux. Cela comprenait, l’hébergement, le transport, la nourriture et les dépenses diverses (achats de souvenirs, internet, poste..). C’est peu et c’est beaucoup en même temps. 25 euros par personne à Paris donnent droit à un paquet de cigarettes, un ciné, un mac do et un café...au bar bien sûr. En Bolivie, à deux, nous avons dépensé entre 15 et 20 euros. En Australie, quotidiennement ça nous a coûté en moyenne 70 euros. En résumé, pour dix mois de voyage, cela a représenté à deux le prix d’une petite voiture neuve. Moi je n’ai pas le permis et Julien a la phobie de la conduite routière sur Paris. Finalement, nous avons préféré à l’achat d’une voiture, les tuk-tuk thailandais, les vans de Wicked Campers en Australie et Nouvelle-Zélande, les trains et bus couchette chinois, le vélo cambodgien, les lanchas brésiliennes, les colectivos boliviens, les camionetas mexicaines, les fourgons Volkswagen argentins, l’auto-stop à l’Île de Pâques, le métro japonais, les bus à deux étages hongkongais, les taxis équatoriens, le bus de soixante-dix heures au Pérou, les pirogues laotiennes, les scooters vietnamiens, les indénombrables kilomètres parcourus à pied....etc

 

Avec un tel budget, il a fallu évidemment faire des sacrifices. Si la fréquentation exclusive des petits boui-bouis, échoppes et tous les types de restauration sur le pouce à des prix modiques faisait partie intégrante de la découverte du pays, nous avons, en revanche, fait l'expérience de couchages plutôt sommaires, économiques et parfois même très rudimentaires selon les moyens du bord: les moquettes des aéroports, les refuges non chauffés, l'arrière des vans, les chambres déjà habitées par des insectes et rongeurs, les dortoirs de quatre, six, huit voire dix personnes, les sièges de bus, les tentes enneigées, les cabanas sur la plage, les posadas, les guesthouses indonésiennes, les hostels, les albergues, le tout blottis dans nos sacs de couchage, nos sacs à viande ou enroulés dans nos couvertures de survie. Il y a eu quelque fois aussi, des habitaciones dobles, des chambres avec télé et les appartements des habitants qui nous ont reçus.

 

Futilité des questions matérielles quand notre pseudo indigence représentait déjà un luxe. Nous avons appris à chercher le confort dans le réconfort du partage avec les autres. Partage de la beauté d'un paysage, de l'histoire d'un pays, des coutumes d'une population. Echange de regards complices, amicaux presque fraternels avec des inconnus. Nous avons goûté aux saveurs de la promiscuité bannie de nos régimes d'occidentaux et avons développé une addiction aux contacts humains.

Comment faire un bilan de cette longue tranche de vie. Racontez-nous votre voyage! Que dire? Le pays qui vous a le plus marqué? Si nous répondons qu'ils nous ont tous touchés à leur manière, les regards s'éteignent, alors. Démagogie d'un coté. Déception de l'autre. Mais, la réalité est bien là. Nous nous heurtons à l'ineffable. Enumérer une suite d'anecdotes croustillantes va capter l'auditoire, mais trahit le souvenir de ces visages qui nous ont souri et dont le seul sourire nous contentait car il nous semblait alors leur donner un peu. Bien sûr, il est possible d'intellectualiser le tout. Répondre que l'Argentine nous a transportés par son tango, que le Brésil nous a contaminés de sa fièvre pour la samba et le football, que la Bolivie nous a touchés par son authenticité, que le Cambodge nous a émus par son histoire, que la Chine nous a séduits par son âme enfantine, que Tokyo nous a subjugués par son raffinement, que l'Indonésie nous a attendris par son hospitalité, que l'Australie nous a éblouis par sa faune, que l'Île de Pâques nous a captivés par son mysticisme, que le Pérou nous a fascinés par ses sites, que l'Equateur nous a donné goût à l'alpinisme.... Mais cela est bien fade au regard de tout ce que chacun de ces pays nous a offert.

Nous ne sommes malheureusement pas de brillants conteurs capables de vous transporter par nos récits, le temps d'une soirée, à des milliers de kilomètres d'ici. Ce blog avait l'ambition, prétentieuse peut-être, de vous faire partager nos péripéties quand nous étions là-bas. Maintenant que tout est fini, il ne reste plus que les images, des émotions, et l'indicible qui s'est niché dans nos tréfonds. Le blog s'achève et nous sommes désormais avec vous pour partager d'autres tranches de vie.

Nous avons emménagé dans un trois pièces à Paris. Un trois pièces pour pouvoir accueillir à souhait nos amis, nos familles mais également d'autres voyageurs. Gloria, Rodrigo et leur famille ainsi que Juan-Carlos et Gabriel nous ont donné une véritable leçon de vie en nous recevant chez eux comme si nous faisions partie de leur famille, sans rien attendre en retour. Quand nous essayions de leur faire promettre de venir à Paris pour pouvoir leur rendre la pareille, ils nous répondaient "La vie nous le rendra, ne vous inquiétez pas". Alors, en attendant que la vie vous le rende, Gloria, Rodrigo, Juanito, Gabito et tous ceux que nous avons eu la chance de croiser sur notre route, sachez qu'il y aura toujours une petite place chez nous pour vous.

Puisque nous sommes dans les remerciements, un grand merci à Bertrand pour son équipement qui aura fait deux fois le tour du monde, à vous tous qui nous avez suivis fidèlement, aux internautes qui nous ont envoyé des mails d'encouragements et bien sûr à nos amis et nos familles qui nous ont donné le courage d'aller jusqu'au bout de cette aventure.


Par Bas - Publié dans : Retour - Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires

Jeudi 28 décembre 2006 4 28 /12 /Déc /2006 19:06

Petit message avant le prochain et dernier article du voyage: nous passons a la radio, dans la chronique "Blogs autour du globe" d'Erwan Leleouet. Notre interview sera diffusée le dimanche 31 décembre 2006 sur France Info à 5h27, 6h57, 8h57, 10h57 et 12h57.

Le lien pour ecouter la rubrique : http://itineraireenfantgate.free.fr/Passage France info.mp3

En attendant, nous vous souhaitons a tous de tres bonnes fetes de fin d'annee...


Par Bas et Ju - Publié dans : Retour - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

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