Les bus boliviens sont encore differents de tous ceux que l'on a jusqu'a present experimentes. Certes, on a surpris des chevres encore vivantes dans la soute a bagages et nos places ont ete souvent envahies par des sacs de pommes de terre stockes un peu partout comme les sacs de riz dans les bus asiatiques, mais, que le trajet dure une heure ou douze, comme c'est le cas cette fois-ci pour rejoindre La Paz de Sucre, les arrets sont rares pour ne pas dire inexistants. Il faut, par consequent, bien anticiper les envies pressantes et prevoir assez d'eau et de provisions pour la route. Quoique, pour ces derniers, il y a, fort heureusement, aux postes de controle policier, des hordes de vendeuses tendant les mains pleines de beignets, bouteilles d'eau, verres plastifies remplis de gelatine, friandises ou fruits vers les passagers peu prevoyants penches a leur fenetre pour operer les transactions. Quant a ce parcours en particulier, il est repute comme etant tres desagreable notamment pour le froid qui regne dans le bus durant la nuit. Aussi, tous les passagers ont apporte avec eux doudounes et couvertures en alpagas pour les locaux et sacs de couchage pour les 'gringos' afin d'esperer passer une nuit sereine. Glaces tous deux malgre nos sacs de couchage et, en ce qui me concerne, asphyxiee par une bronchite que je me traine depuis quelques jours deja, le trajet sera eprouvant.
Nous decouvrons La Paz au reveil, a 6 heures du matin. Les rues ne sont pas encore bondees mais l'activite de la ville a deja commence. Toutes les echoppes de la gare routiere sont ouvertes et nous nous y attardons longuement, enchainant les cafes et mate de coca pour a la fois nous rechauffer et nous reveiller. Le bus booke pour le soir meme, nous partons visiter les quelques lieux que l'on a retenus. C'est la Plaza de las Armas, pres de l'eglise San Francisco, qui nous donnera notre premier emoi: une vue sur les quartiers populaires, des milliers de maisonnettes perchees dans les hauteurs et agrippees aux flancs denudes du canyon dans lequel a grandi la capitale.
Ici encore, les cotes et les pentes se succedent et saccadent notre souffle deja court. En effet, La Paz se situe a 4000 metres d'altitude ce qui en fait la capitale la plus haute du monde. Nous nous dirigeons vers le Mercado Negro et l'epique Marche des Sorcieres ou l'on trouve a la fois des petites amulettes porte-bonheur, des parfums ou potions pour attirer hommes ou femmes au choix, et un ensemble d'offrandes a la Pacha Mama ( la Mere Terre dans la croyance indienne) qui vont de la sucette Chupa Chups au foetus de lama seche.
achat de foetus de lama
Apres cette promenade ensoleillee a travers les marches de la capitale, nous nous interessons a l'histoire de la tres controversee feuille de coca. On apprend ainsi, au Musee de la coca, que la consommation de cette plante initialement interdite par l'eglise iberique a ete ensuite vivement encouragee lorsque les espagnols se sont rendus compte que celle-ci augmentait la performance des mineurs; et ce, a tel point que ceux-ci ont ensuite eu l'obligation d'en consommer durant leurs longues journees de labeur. Si la feuille de coca permet de produire des anesthesiques, la Bolivie et la Colombie qui en cultivent des hectares ne font partie du club tres ferme des producteurs agrees de ces medicaments. Aussi, les Etats-Unis qui sont les premiers importateurs de feuille de coca, d'une part, pour aromatiser le mondial Coca-cola, et, d'autre part, pour approvisionner les consommateurs de cocaine ont reduit leur lutte contre le narcotrafique a un ensemble de mesures essentiellement exterieures au pays. Parmi celles-la, ils financent en milliards de dollars des patrouilles aeriennes mixtes censees detruire les champs de coca et subventionnent les paysans souhaitant remplacer leur culture de coca par des cultures agricoles plus communes et moins nocives au peuple americain meme si elles sont moins rentables sur ces terres peu fertiles.
vendeuse feuilles de coca
Notre pause-sandwich sur la place centrale nous permettra de voir, au plus pres, les celebres cireurs de chaussures de La Paz. Tout comme dans les autres villes boliviennes, ils sont jeunes, ont entre 7 et 18 ans, et, avec leur 2.5 dollars gagnes par jour, participent aux besoins du foyer familial ou alors financent leurs etudes. Assis contre les murs des avenues tres passantes ou arpentant les parcs et places ou la potentielle clientele est paisiblement installee sur les bancs de la capitale, ils proposent docilement ou tres energiquement leur service. Les doigts et habits noircis par le cirage, ils s'arretent, de temps en temps, pour contempler avec des yeux brillants et criant leur envie, les enfants et adolescents, en uniforme aux couleurs eclatantes, goutant dans une echoppe a la sortie de l'ecole ou du college. Mais, contrairement a ceux qui arpentent les villes de Sucre, Potosi ou Uyuni, les cireurs de La Paz sont masques. Ainsi, malgre la chaleur accablante qui regne dans l'apres-midi, ils portent tous un passe-montagne et une casquette ne laissant apparaitre que leurs yeux. Pas d'ouverture au niveau de la bouche, ils peinent a respirer. Mais, ici, le port de ce passe-montagne est une obligation pour tous. La raison principale de cet etrange uniforme est la toxicite du gaz qui emane du cirage et qui a vallu, il y a quelques annees de cela, la mort d'un petit nombre de cireurs. L'autre raison qui legitime ce masque suffocant, est la honte qui etouffe les cireurs les plus ages. Quant a ceux qui n'ont trouve que ce moyen pour financer leurs etudes, au-dela de la devalorisation qu'ils ressentent face au dedain de leurs clients, ils craignent que cette activite temporaire ne compromette leur futur professionnel s'ils sont reconnus. On ne vera donc pas le sourire des cireurs de La Paz, ne parvenant meme pas a bien discerner leurs yeux tant la gravite de leur vie les a noircis.
Notre tour termine, nous quittons La Paz pour passer nos derniers jours en Bolivie sur les bords du lac Titicaca a Copacabana. En chemin, une procession aux allures de carnaval creant un embouteillage nous retarde un peu mais contente nos yeux curieux.
Une heure nous separe de notre destination quand nous debarquons du bus pour passer sur l'autre rive du celebre lac. Le passage se fera pour nous en petit bateau a moteur, tandis que notre bus, encore charge de nos bagages, est transporte dans une plus grande barque moins rapide et qui oscille dangereusement...
Copacabana est une petite ville cotiere assez touristique mais qui a su conserver le charme de ses traditions. Ainsi, outre une excursion sur l'Isla del Sol qui sera pour nous l'occasion d'une randonnee, nous assisterons le dimanche matin a l'arrivee massive dans cette ville des voitures, camions et 4*4 de toute la Bolivie et egalement du Perou. Le pelerinage dans cette ville se conclut par une benediction de ces quatre roues endimanches grandement festoyee a coup de petards et de pop-corn de feves. Sans benediction prealable, nous experimentons ces pop-corns de feves qui nous causeront des crampes intestinales toute la nuit.
Nous quittons la Bolivie rassasies d'images de paysages exceptionnels, seduits par le style vestimentaire de sa population, enchantes par le folklore et les traditions de sa culture et emerveilles par l'architecture coloniale de ses villes.
Le bus qui nous fait traverser la frontiere sur les bords du lac Titicaca nous depose a Puno, notre premiere ville peruvienne. Changement radical. Le Perou est, pour nous, le Vietnam de l'Amerique latine. Largement frequente par les touristes, le gouvernement et sa population ont bien compris comment tirer profit de ces portefeuilles de passage. Les rues sont plutot modernes, le style vestimentaire des peruviens aussi. La police touristique est partout. L'artisanat est tellement omnipresent qu'il semble etre un bien de premiere consommation. Les Plazas de las Armas, presentes dans chaque ville, si elles portent le meme nom, ont chacune un charme different. Les cathedrales qui ornent ces places ont une architecture plus ou moins metissee de la culture indienne et celle de l'ancienne domination espagnole.
Puno est surtout le point de depart des visites des iles flottantes ou 'Los Uros' et l'ile Taquile du lac Titicaca cote peruvien. Des le lendemain, nous voguons donc en direction des iles de los Uros, celebre archipel artificiel entierement fait en roseau totora qui pousse abondamment de ce cote du lac. Tout est en roseau. Les maisons, bien sur, mais surtout l'ile elle meme qui se compose de plusieurs couches de totora superposees et completees a mesure que les couches inferieures pourrissent. Afin de ne pas deriver continuellement les iles sont ancrees au lac. Chacune d'entre elles, qui forment un petit village ou plutot un regroupement de familles, se deplace ainsi sur l'eau au gre de ses envies. Plus insolite encore, si au sein d'une ile des discordes et disputes de voisinage rompent l'harmonie du groupe, une cission est decidee. La maison en tord est alors separee du reste du village en rompant les roseaux et glisse sur l'eau pour se greffer a un autre village. Aussi, la geographie de ces iles flottantes est en constante mutation au gre des changements climatiques et des relations humaines. Bien qu'un peu trop touristique et beaucoup trop ponctuee d'arrets achat d'artisanat local, la decouverte de ces iles artificielles reste tres impressionnantes.
Beaucoup plus eloignees des cotes, l'ile Taquile ou nous nous arretons ensuite a su, pour sa part, preserver son authenticite malgre le flot constant de visiteurs. Les Taquileens qui parlent le quechua refusent les mariages extra-communautaires et regissent leur ile selon des regles hierarchiques bien precises et de maniere communautaire. Tous les prix sont alignes et aucun profit personnel n'est autorise. Chaque taquileen oeuvre pour le bien etre de la communaute. Pour le visiteur, les reperes sont donnes par les vetements portes par chacun d'eux. Ainsi, les hommes portant un chapeau noirs sont les reponsables, les elus. Ceux portant un bonnet rouge et blanc sont celibataires, quant a ceux qui portent un bonnet entierement rouge, ils sont maries. Les femmes, elles, portent l'habit traditionnel taquileen. Ici, le tissage est un art qui se perpetue de generations en generations et qui s'exerce tout au long de la journee. Ainsi, on peut apercevoir des femmes abritees a l'ombre filant la laine d'alpaga et des hommes marchant sereinement tout en tricotant leur bonnet.
Ravis par cette immersion dans la culture des habitants du lac Titicaca, nous nous dirigeons maintenant vers Cusco et l'incontournable Machu Pichu...
Ps: Cet article etant a cheval entre Bolivie et Perou, les photos de La Paz et Copacabana sont dans le repertoire Bolivie (elles commencent par A0), quant a celles du Lac Titicaca sont dans celui du Perou.

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